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Dix ans de PART : repenser les enchevêtrements tau qui ne sont pas la maladie d'Alzheimer

Une revue majeure revisite la tauopathie primaire liée à l'âge une décennie après sa dénomination, propose des critères révisés et précise ce qui la distingue de la maladie d'Alzheimer.

mercredi 16 septembre 2026 3 vues
Publié dans Acta Neuropathol
Microscopic cross-section of a hippocampus with glowing tau tangles concentrated in the CA2 subfield, blues and golds on dark background.

Résumé

La tauopathie primaire liée à l'âge (PART, de l'anglais *Primary Age-Related Tauopathy*) désigne un schéma d'accumulation de neurofibrilles tau dans les centres de la mémoire du cerveau, survenant avec le vieillissement mais sans les plaques amyloïdes caractéristiques de la maladie d'Alzheimer. Formellement nommée pour la première fois en 2014, la PART est aujourd'hui largement reconnue comme une entité distincte. Cette revue exhaustive publiée en 2025 synthétise une décennie de recherches en neuropathologie, génétique, neuro-imagerie et biomarqueurs afin d'évaluer ce qui distingue la PART, ses points de chevauchement avec la maladie d'Alzheimer, ses effets sur la cognition, et les questions qui demeurent sans réponse. Les auteurs proposent des critères diagnostiques actualisés et soulignent la prédilection particulière de la PART pour le sous-champ hippocampique CA2 comme caractéristique histologique distinctive, tout en reconnaissant que des outils cliniques et biomarqueurs définitifs permettant un diagnostic ante mortem font encore défaut.

Résumé détaillé

**Pourquoi c'est important :** Des millions d'adultes vieillissants accumulent des enchevêtrements neurofibrillaires de tau dans leurs lobes temporaux médiaux sans jamais développer de plaques amyloïdes significatives — la marque distinctive de la maladie d'Alzheimer. Pendant des décennies, ces cas ont été mal classifiés ou ignorés. Le cadre PART, introduit en 2014, a fourni aux chercheurs et aux cliniciens un langage commun pour étudier ce phénomène, mais des questions essentielles sur sa nature, ses conséquences cliniques et sa relation avec Alzheimer ont persisté. Cette revue de référence publiée en 2025 — cosignée par les proposeurs originaux du PART — synthétise une décennie de données probantes et propose des affinements aux critères initiaux.

**Ce qui a été étudié :** Il s'agit d'une revue narrative exhaustive de tous les grands domaines de la recherche sur le PART publiés depuis 2014, incluant la neuropathologie, les corrélats cliniques, la génétique et l'épigénétique, la neuro-imagerie (IRM, tau-PET), les biomarqueurs liquidiens (LCR et sang), l'épidémiologie, ainsi que les interactions avec les co-pathologies telles que la maladie à corps de Lewy, l'encéphalopathie à TDP-43 (LATE) et la maladie des grains argyrophiles. Les auteurs revisitent également de manière critique et proposent des mises à jour aux critères diagnostiques de travail de 2014.

**Principaux résultats :** Le PART est défini par une pathologie tau du lobe temporal médial (stades de Braak I–IV) en l'absence ou quasi-absence d'amyloïde (phase de Thal 0–2, CERAD éparse ou absente). Une caractéristique histologique régulièrement observée et potentiellement distinctive est l'atteinte précoce disproportionnée du sous-champ hippocampique CA2 — un profil opposé à celui de la maladie d'Alzheimer typique, où le CA2 est relativement épargné jusqu'aux stades tardifs. Sur le plan génétique, les cas de PART sont enrichis en haplotype H1 du *MAPT* et appauvris en allèles *APOE* ε4 par rapport à Alzheimer, ce qui plaide en faveur d'un processus biologiquement distinct. Les signaux tau-PET dans le PART tendent à se regrouper dans les régions temporales médianes et ne suivent pas clairement les schémas de stadification tau-PET établis pour Alzheimer. Sur le plan clinique, la plupart des cas de PART présentent une cognition normale ou légèrement altérée, bien que les stades de Braak élevés dans le PART (III–IV) soient corrélés à de subtils déficits mnésiques, en particulier dans un contexte de comorbidités. Les biomarqueurs liquidiens constituent un domaine émergent : les ratios de p-tau217 dans le LCR et de p-tau217 plasmatique pourraient contribuer à distinguer le PART d'Alzheimer, mais des biomarqueurs ante mortem validés et spécifiques au PART n'existent pas encore.

**Implications :** La revue propose des critères PART révisés qui intègrent l'atteinte du sous-champ CA2 comme élément d'orientation, affinent les seuils amyloïdes et fournissent des orientations plus claires sur les exclusions de co-pathologies. Les auteurs soutiennent que le PART pourrait représenter une caractéristique universelle du vieillissement cérébral humain plutôt qu'une maladie rare, dont la signification clinique est modulée par la charge lésionnelle, les comorbidités et la réserve cognitive individuelle. De meilleurs biomarqueurs et des études d'imagerie longitudinales sont nécessaires pour suivre le PART chez les individus vivants.

**Mises en garde :** Le PART demeurant un diagnostic post mortem, tous les corrélats cliniques et biomarqueurs sont inférés indirectement. Un chevauchement significatif entre les modifications neuropathologiques de bas niveau de la maladie d'Alzheimer et le « PART possible » génère une ambiguïté diagnostique. La variabilité inter-évaluateurs dans les stades précoces de Braak complique la reproductibilité entre les études.

Principales conclusions

  • PART shows disproportionate early CA2 hippocampal tau pathology, distinguishing it histologically from typical Alzheimer's disease.
  • PART cases are genetically enriched for MAPT H1 haplotype and depleted of APOE ε4, supporting biological distinctness from Alzheimer's.
  • Tau-PET in PART clusters in medial temporal regions and does not follow established Alzheimer's tau-PET progression patterns.
  • High Braak stage PART (III–IV) correlates with subtle memory deficits, especially when combined with co-pathologies like LATE or Lewy bodies.
  • No validated antemortem clinical or biomarker criteria for PART yet exist; it remains a post-mortem neuropathological diagnosis.

Méthodologie

Il s'agit d'une revue narrative exhaustive synthétisant une décennie de recherches publiées dans les domaines de la neuropathologie, de la génétique, de la neuroimagerie, des biomarqueurs et des études cliniques portant sur le PART depuis sa proposition en 2014. Les auteurs évaluent de manière critique les critères diagnostiques existants du PART et proposent des révisions formelles. Aucune nouvelle collecte de données primaires n'a été réalisée.

Limites de l'étude

La PART ne dispose actuellement d'aucun critère diagnostique ante-mortem validé, ce qui rend l'ensemble des associations cliniques et des biomarqueurs rétrospectives et fondées sur une confirmation post-mortem. Le chevauchement important entre la « PART possible » et les modifications neuropathologiques de bas niveau de la maladie d'Alzheimer crée une ambiguïté diagnostique que les critères révisés n'ont pas entièrement résolue. La variabilité inter-évaluateurs dans les premiers stades de la stadification de Braak limite par ailleurs la reproductibilité entre les cohortes.

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